Intégralité de la contribution intitulée "Engager une sixième république"
Voici l'ensemble des réponses fournies par un contributeur du site officiel aux questions du thème Démocratie et citoyenneté le 10 février 2019 à Daluis .

En qui faites-vous le plus confiance pour vous faire représenter dans la société et pourquoi ?
En personne en particulier, la vie démocratique est affaire d'équilibres entre pouvoirs et contre-pouvoirs, dans un cadre défini et modifié non pas par ceux qui ont un pouvoir issu de ce cadre, mais par le peuple éduqué qui garde la possibilité de modifier le système en cas de dérive et de déséquilibre entre les pouvoirs.

En dehors des élus politiques, faut-il donner un rôle plus important aux associations et aux organisations syndicales et professionnelles ?
Oui

Que faudrait-il faire pour renouer le lien entre les citoyens et les élus qui les représentent ?
Il faut que les élus représentent vraiment les citoyens et non des partis ou des castes politiques coupés des citoyens et qui ne représentent qu'eux-mêmes, comme c'est actuellement le cas. A l'extrême si dans une élection au suffrage universel, les citoyens n'ont le choix qu'entre 2 ou plusieurs escrocs, seuls candidats à avoir émergé du système en place, alors où sont la démocratie et le contrôle du peuple sur les pouvoirs politiques ou autres ? De plus en aucun cas la démocratie ne peut se suffire d'élections au suffrage universel et de liberté d'expression. Être élu ne signifie pas avoir carte blanche pendant la durée du mandat, mais être responsable de ces décisions, rendre des comptes, accepter le contrôle citoyen permanent, et se préoccuper en permanence d'être en phase avec les attentes collectives des citoyens. Oui il est malhonnête de vouloir mettre en œuvre un programme de campagne quand on représente nettement moins de 50% des électeurs inscrits, c'est un dévoiement de la démocratie. Par ailleurs il est essentiel que la république se soucie d'apporter aux citoyens une véritable éducation à la citoyenneté, à tous les étapes et dans tous les cadres de leur vie : scolarité, études supérieures, activités professionnelles, loisirs, consommation, etc. Le pouvoir d'un(e) président(e) de la république ne doit jamais être supérieur à celui de l'assemblé nationale, non à la monarchie présidentielle.

Le non-cumul des mandats instauré en 2017 pour les parlementaires (députés et sénateurs) est :
Une bonne chose

Pourquoi ?
Chaque composante institutionnelle a son rôle particulier dans la vie publique, dans le bon fonctionnement de la république ; elle ne peut donc pas être entre les mains des mêmes individus, c'est ainsi qu'on peut parler de démocratie et d'équilibre entre les pouvoirs au service de l'intérêt général. Un(e) élu(e) est une femme ou un homme comme les autres, en aucun cas il n'est supérieur aux autres pour justifier qu'il cumule des responsabilités publiques.

Que faudrait-il faire pour mieux représenter les différentes sensibilités politiques ?
Les différentes sensibilités politiques doivent être représentées à proportion des citoyens qu'elles représentent, ni plus ni moins. A charge aux élus et aux représentants de construire les alliances qui permettront les prises de décision réellement démocratiques, y compris si ces alliances doivent être doivent être reconstruites dès la prise de décision suivante. Oui ça peut ralentir des réformes nécessaires mais ça leur donne aussi une légitimité bien plus grande et oblige à aller au fond des choses sur les causes et les remèdes.

Pensez-vous qu'il serait souhaitable de réduire le nombre d'élus (hors députés et sénateurs) ?
Oui

Si oui, lesquels ?
Il est nécessaire d'imposer un nombre minimal d'habitants pour justifier la division administrative communale et donc un élu de type maire et un conseil municipal avec représentation proportionnelle des différentes composantes géographiques de la commune ou des différents quartiers. Ces nouvelles communes entrainent alors la suppression de tout type d'établissement public de coopération intercommunale et donc les élus de ces EPCI. Il faut trouver le bon découpage sur le territoire qui permette de ne garder que 4 niveaux de gouvernance des affaires publiques : commune, département, région et état. Le nombre d'élus dans chacun de ces 4 niveaux n'est pas tant le problème que leurs statut et privilèges, leur fonctionnement, leur renouvellement et leur légitimité représentative.

Que pensez-vous de la participation des citoyens aux élections et comment les inciter à y participer davantage ?
On peut les inciter à mieux participer si on ne cantonne pas leur rôle et leur pouvoir à cette seule participation aux élections, et s'ils sont vraiment associés à tous niveaux et en tous temps à la vie démocratique, en gardant des possibilités d'intervenir sur la vie publique, sur les décisions des élus et de contrôler les élus et la vie institutionnelle.

Faut-il prendre en compte le vote blanc ?
Oui

Si oui, de quelle manière ?
Pour chaque candidat et pour chaque liste, le seul résultat affiché doit être le pourcentage d'électeurs inscrits ayant donné son vote au candidat ou à la liste. Le vote blanc peut invalider une élection en cas de pourcentage trop important à définir. Le vote blanc est représenté dans les chambres par des citoyens volontaires tirés au sort.

Que faudrait-il faire aujourd'hui pour mieux associer les citoyens aux grandes orientations et à la décision publique ? Comment mettre en place une démocratie plus participative ?
Il faut au préalable une véritable prise en charge par l'état et les collectivités de l'éducation à la citoyenneté dans tous les domaines d'activités du citoyen. Les élus communaux, départementaux, régionaux et nationaux, représentatifs de la nation, doivent alors mettre en place les moyens de consultation des citoyens pour toute décision importante, impactant la vie collective et publique.

Faut-il faciliter le déclenchement du référendum d'initiative partagée (le RIP est organisé à l'initiative de membres du Parlement soutenu par une partie du corps électoral) qui est applicable depuis 2015 ?
Oui

Si oui, comment ?
Définir collectivement ce que doit être ce soutien d'une partie du corps électoral de façon à ce que les citoyens pèsent réellement sur le déclenchement du RIP.

Que faudrait-il faire pour consulter plus directement les citoyens sur l'utilisation de l'argent public, par l'Etat et les collectivités ?
Accroître la transparence sur l'utilisation de l'argent public et mieux encadrer sa justification et la responsabilité de la dépense. Mieux respecter l'expression citoyenne de l'enquête publique ou de la consultation citoyenne pour tous les projets qui les justifient dans la loi. Soumettre une loi sur la consultation citoyenne au suffrage universel. Donner la possibilité aux citoyens de contraindre à référendum quand leur requête est soutenue par plus d'un certain nombre de citoyens tel que défini dans une loi sur la consultation citoyenne. Interdire tout projet qui ne sert que le prestige d'un ou plusieurs élus, qui n'est pas justifié par l'intérêt général clairement mise en évidence, en s'appuyant sur les pouvoirs accrus d'une cour des comptes décentralisée. Imposer des contraintes fortes sur tout projet qui accroît l'empreinte écologique d'une collectivité ou de la nation, ou qui alourdit les finances publiques et la dette pesant sur les générations à venir. Jamais la puissance financière d'un lobby ne doit l'emporter dans une décision publique sur l'intérêt général.

Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil économique, social et environnemental, doivent-elles jouer pour représenter nos territoires et la société civile ?
L'élection des sénateurs n'est pas satisfaisante pour les citoyens, ses modalités doivent être modifiées avec référendum ou états généraux, concernant une nouvelle définition du cadre institutionnel du parlement et de son fonctionnement. Il est nécessaire de redéfinir la république, d'instaurer une 6ème république. Les assemblées doivent avant toute chose veiller à protéger l'intérêt général, contre toute forme d'influence issue d'un intérêt particulier (politique, économique, social, environnemental,...).

Faut-il transformer [nos assemblées, dont le Sénat et le CESE] ?
Oui

Si oui, comment ?
Cf. états généraux d'une 6ème république.

Que proposez-vous pour renforcer les principes de la laïcité dans le rapport entre l'Etat et les religions de notre pays ?
Soumettre au peuple le choix et la définition des valeurs fondamentales de la république laïque pour la vie publique et notre société, et faire que ces valeurs s'imposent dans la vie publique et les règles de la collectivité nationale, régionale, départementale, communale, dans les droits et devoirs du citoyen, et dans la responsabilité collective de toute personne morale. Une entreprise n'a pas vocation à s'enrichir avant tout, elle est d'abord comme chaque citoyen, au service de la société et n'est pas légitime à nuire à l'intérêt général.

Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?
Commencer par définir et partager clairement ces valeurs auprès de toutes les composantes de la société. Et surtout respecter ces valeurs dans tous les actes de la vie publique, à commencer au sein même des pouvoirs publics.

Que faudrait-il faire aujourd'hui pour renforcer l'engagement citoyen dans la société ?
Eduquer, éduquer, éduquer avec les moyens nécessaires et dans tous les domaines, enfants et adultes dans tous les registres du vivre ensemble.

Quels sont les comportements civiques qu'il faut promouvoir dans notre vie quotidienne ou collective ?
Il faut redonner toute son importance à l'intérêt général qui prime sur l'intérêt particulier, à la responsabilité citoyenne, au respect d'autrui.

Que faudrait-il faire pour favoriser le développement de ces comportements civiques et par quels engagements concrets chacun peut-il y participer ?
Il est nécessaire d'encourager, de faciliter, de favoriser toute forme d'engagement citoyen, de façon à ce qu'un maximum de femmes et d'hommes s'y trouvent impliqués.

Que faudrait-il faire pour valoriser l'engagement citoyen dans les parcours de vie, dans les relations avec l'administration et les pouvoirs publics ?
Tout ce qui coûte à la collectivité doit clairement être mis en lumière pour que chacun comprenne à travers même sa contribution que tout n'est pas possible, que chacun doit rester l'acteur de sa vie, doit se prendre en main et que tout ce qu'il réclame aux pouvoirs publics peut le contraindre plutôt que de le libérer.

Quelles sont les incivilités les plus pénibles dans la vie quotidienne et que faudrait-il faire pour lutter contre ces incivilités ?
Les incivilités naissent des profondes inégalités qui traversent notre société, non seulement à l'échelle locale et nationale, mais également à l'échelle mondiale pour l'ensemble des sociétés humaines. Revenus disproportionnés de certains, dumping social ou environnemental, toute puissance des pouvoirs financiers, néocolonialismes, priorités laissées à la liberté du commerce, primauté du dollar américain, règles de l'héritage qui donnent tout à celui qui n'a rien mérité, justice des riches, sont parmi les nombreux ferments des incivilités, du terrorisme, des guerres. On ne peut lutter contre les incivilité si on ne ramène pas davantage d'équité entre les hommes et les peuples.

Que peuvent et doivent faire les pouvoirs publics pour répondre aux incivilités ?
Faire passer l'équité avant les ventes d'armes, les positions commerciales dominantes ; cesser de contribuer à imposer un modèle occidental aux nations au développement ; cesser de prôner des valeurs de confort matériel, un idéal de vie basé sur la propriété matérielle et le toujours + de pouvoir d'achat. Se préoccuper avant tout de paix entre les hommes, de partage des ressources de la planète et d'épanouissement moral des individus.

Quel pourrait être le rôle de chacun pour faire reculer les incivilités dans la société ?
Tous doivent s'impliquer dans le bien-être collectif et le partage des biens, particulièrement celui qui possède +.

Quelles sont les discriminations les plus répandues dont vous êtes témoin ou victime ?
Ce sont les discriminations qui touchent les plus faibles. Jamais l'entremise d'un avocat ne devrait triompher par les seuls pouvoir d'achat et d'influence de l'une des parties, et c'est pourtant si souvent le cas. Idem pour la prise de décision d'une institution publique par l'entremise du lobbying ou d'une source d'information plus puissante que les autres.

Que faudrait-il faire pour lutter contre ces discriminations et construire une société plus solidaire et plus tolérante ?
Cesser de tenir le discours de la croissance et du pouvoir d'achat, du développement matériel infini, cesser de promouvoir la réussite par l'argent roi, imposer aux médias et journalistes une déontologie à la hauteur de leur pouvoir d'influence de la société pour redonner aux mots et aux images leur vrai sens, et une pleine exigence de vérité dans leur communication de l'information.

Pensez-vous qu'il faille instaurer des contreparties aux différentes allocations de solidarité ?
Non

Si oui, lesquelles ?
Plutôt que de donner du poisson, il faut apprendre à pêcher à celui qui en a besoin... Les besoins fondamentaux doivent être assurés pour tous (nourriture, logement, vêtements, activité, santé, insertion sociale). Ce ne sont pas les lois du marché qui doivent commander l'accès à ces besoins, mais il s'agit bien d'une responsabilité collective et individuelle de tous. Cessons d'accepter un système qui donne la primauté au capitalisme aveugle, reconduisons à leur juste place les marchands qui règnent dans le temple...

Que pensez-vous de la situation de l'immigration en France aujourd'hui et de la politique migratoire ? Quelles sont, selon vous, les critères à mettre en place pour définir la politique migratoire ?
Le tort principal de nos élus et autres décideurs politiques est qu'ils font mine de croire qu'on peut agir sur les différentes politiques indépendamment les unes des autres, le résultat étant l'incohérence totale entre ces mêmes politiques. La politique migratoire, c'est aussi la politique étrangère, la politique commerciale, la politique sociale et environnementale, etc. L'immigration a des causes profondes, toujours fondamentalement issues de règles et d'un système international et national qui favorisent l'injustice, les inégalités, l'iniquité entre les individus, entre les peuples. Si la France n'agit pas sur ces causes, il n'existe aucune politique migratoire appropriée. Relisez Jean Raspail quand il décrit ce qui se passe quand la minorité des nantis se retrouve face au déferlement de la multitude des démunis.

En matière d'immigration, une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?
cf. ci dessus. Pour toute politique le parlement doit définir des objectifs annuels et veiller à la cohérence entre ces politiques et ces objectifs.

Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?
cf. ci-dessus

Quelles sont, selon vous, les modalités d'intégration les plus efficaces et les plus justes à mettre en place aujourd'hui dans la société ?
C'est facile de laisser les communautés culturelles, les diasporas s'occuper de leurs ""ressortissants"", mais c'est de l'anti-intégration. L’État doit veiller à l'intégration laïque de tous, s'en donner les moyens, en veillant à apporter aux arrivants les codes, les repères et les valeurs de la république et de la société dans laquelle ils vont vivre, c'est à dire en particulier trouver les moyens de subvenir à leurs besoins fondamentaux.

Y a-t-il d'autres points sur la démocratie et la citoyenneté sur lesquels vous souhaiteriez vous exprimer ?
Il y a urgence à redonner leur vrai sens à des mots comme liberté, égalité, fraternité, citoyenneté. La liberté de chacun s'arrête là où commence celle du voisin, en société on n'a pas le droit de faire ce qu'on veut, on doit prendre autrui en compte, on a des droits ET des devoirs, on doit se préoccuper d'une contrepartie à ce qu'on reçoit, on doit toujours se soucier de l'intérêt général dans les conséquences de nos actes....


Lire une autre au hasard
Retour aux Thèmes