Quels nouveaux services ou quelles démarches souhaitez-vous voir développées sur Internet en priorité ?
Aucune. Il faut arrêter de dématérialiser les services, c'est une erreur catastrophique dans la relation du citoyen à l'état. C'est aussi un facteur exponentiel d'aggravation des inégalités entre les citoyens. (Poussée à son terme, la logique de la dématérialisation des services aboutit à la dématérialisation de l'usager...) Plus que jamais on a besoin d'humain dans la société ; la marche forcée vers le tout internet, qui n'est en fait qu'une course aux économies, génère avant tout frustration et ressentiment pour les usagers - sans parler des fonctionnaires eux-mêmes. Allez aux impôts, allez à la CAF, allez à la préfecture, où l'accueil a été réduit à peau de chagrin et où le public est traité comme du bétail, et vous entendrez son indignation face à la machine qui le privera à brève échéance de toute forme de contact direct avec l'état. Et dés lors pourquoi s'en préoccuper ? Comme disait Dutronc : qui se soucie de nous ? Pas vous ! Mais qui se soucie de vous ? Pas nous ! Effet délétère de la déshumanisation des services, faute stratégique et politique monumentale.
Y a-t-il d'autres points sur l'organisation de l'Etat et des services publics sur lesquels vous souhaiteriez vous exprimer ?
Les universités françaises ont recours à des vacataires pour effectuer des centaines de milliers d'heures de cours dans toutes les disciplines. Premier scandale : les vacataires sont payés à 6 mois dans le meilleur des cas, ou carrément en fin d'année. Ils n'ont qu'à se débrouiller pour vivre... Deuxième scandale : les conditions de recrutement sont aberrantes : il faut déjà justifier d'un CDI pour pouvoir travailler (!!!), ou alors être à la retraite, ou encore intermittent du spectacle, bref, coûter le moins cher possible sur la feuille de paye. Résultat : une crise de recrutement permanente, un niveau de recrutement en baisse constante, alors qu'il y a du travail à la pelle et que nombre de vacataires compétents potentiels pourraient quitter leur situation de chômeur si on les autorisait simplement à travailler. Mais ici il faut déjà avoir du travail pour avoir le droit de travailler (sic). Les universités, comme les chambres de commerce où la situation est à peu près la même, sont-elles au dessus des lois ? Comment la république peut-elle entretenir de telles aberrations ? Comment à une époque où le chômage est endémique, peut-on cautionner un système qui continue directement à l'aggraver ? Rappelons que sans les vacataires, les universités ne pourraient pas fonctionner. Cette situation invraisemblable et inacceptable tant sur le plan du respect le plus élémentaire de la législation du travail que sur celui de la logique économique, et in fine, de la qualité de l'enseignement dispensé dans les universités françaises, dure depuis des lustres sans que personne, et surtout pas l'Education Nationale, n'y trouve à redire. Pour que ça cesse, il suffit de changer les conditions d'accès aux heures de vacation. Compliqué ? Absolument pas. Couteux ? Evidemment quand la stratégie éducative de toute un pays repose uniquement sur la réduction des coûts, tout parait cher. Mais comment se fait-il que l'Education Nationale se pose systématiquement en patron voyou ? Et pourquoi pensez-vous que l'enseignement subisse à tous les niveaux la pire crise de recrutement jamais constatée ? Quand l'hôpital se fout de la charité, c'est encore et toujours les gens qui trinquent. Alors on fait quoi pour les vacataires, on continue de les laisser crever dans leur coin ? Un enseignant très en colère.
Lire une autre au hasard