Que pensez-vous de l'organisation de l'Etat et des administrations en France ? De quelle manière cette organisation devrait-elle évoluer ?
Qui suis-je ? Je suis médecin anesthésiste-réanimateur, travaillant au sein du centre hospitalier général (Ile de France) depuis maintenant plus de 35 ans -Etudes de médecine à Paris Ouest (ancienne PIFO) -Ancien interne de la région de Paris, j’ai exercé principalement dans des hôpitaux publics à la périphérie de Paris -Titulaire d’un DU gestion des risques et d’un DU d’expertise médicale (en cours) -Engagé dans la vie de mon éétablissement depuis 30 ans : - D’abord responsable de l’organisation des blocs opératoires - Puis chef de service en anesthésie-réanimation - Puis chef du pôle de chirurgie- blocs opératoires - Et maintenant, vice-président de la CME, membre du Directoire J’ai eu à vivre la fusion des deux hôpitaux . Les conséquences de cette fusion 20 ans après, sont avant tout, une détérioration de nos conditions d’exercice sans les économies de fonctionnement attendues. J’ai eu à vivre la fusion des deux hôpitaux Poissy et St Germain en Laye. Les conséquences de cette fusion 20 ans après, sont avant tout, une détérioration de nos conditions d’exercice sans les économies de fonctionnement attendues. Si je crois avoir acquis une certaine connaissance de la situation, je voudrais avant tout souligner que mon expérience est issue de mon exercice en Ile de France en dehors de Paris et que mes propos ne préjugent pas des problèmes rencontrés dans d’autres régions de notre Pays. Pour moi les problèmes sont liés à : - L’Hôpital public NON universitaire - Le mur qui existe entre la médecine de ville et l’hôpital - La dualité de notre système entre activité publique et activité libérale - La nécessité d’un engagement du CHU vis-à-vis des hôpitaux généraux - Sans oublier : o La nécessité pour l’ARS d’accompagner la réorganisation dans le cadre d’une démocratie sanitaire o Et surtout l’attente de la population.
Selon vous, l'Etat doit-il aujourd'hui transférer de nouvelles missions aux collectivités territoriales ?
Non
Estimez-vous avoir accès aux services publics dont vous avez besoin ?
Non
Si non, quels types de services publics vous manquent dans votre territoire et qu'il est nécessaire de renforcer ?
L’hôpital public NON universitaire ne fait plus recette auprès de la population ! Pourquoi ? La course à la T2A, les restrictions budgétaires, les déficits cumulés à l’origine d’incessants Plan de Retour à l’Equilibre Financier (PREF) ont provoqué un retard énorme dans la maintenance et la rénovation de nos équipements : - Locaux obsolètes non rénovés - Retard en matière d’investissement dans l’innovation - Retard à l’informatisation - Hôtellerie totalement inadaptée à l’attente de la population - Urgences débordées par des patients qui n’ont pas d’autre choix pour avoir un avis médical
Avez-vous déjà utilisé certaines de ces nouvelles formes de services publics ?
Oui
Si oui, en avez-vous été satisfait ?
Oui
Quelles améliorations préconiseriez-vous [des nouvelles formes de services publics] ?
renouvellement CI
Quels sont les services publics qui doivent le plus évoluer selon vous ?
Dans le cadre « Santé 2022 » La rénovation de tous les établissements publics de santé au sein d’un GHT doit suivre une logique en fonction du rôle que chaque établissement devra assumer. Demander, comme par le passé, aux hôpitaux de s’autodéterminer sur leur rôle futur est voué à l’échec. Chacun « prêchera pour son clocher » sans vue d’ensemble du bassin de santé. L’ARS doit donc avant tout se positionner sur les moyens qu’elle souhaite voir maintenu en matière d’offre de soins publics. Mais la population est en droit d’être rassurée sur les structures de proximité qui pourront les accueillir sans attente interminable. L’ARS doit DEFINIR : - Quel sera l’hôpital de référence du GHT ? Quelles seront ses missions ? Quels seront ses moyens et ses obligations ? - Quelle articulation est-on en droit d’attendre de la part des équipes du CHU référent ? Quelles seront ses obligations vis-à-vis des hôpitaux qui dépendront d’eux en matière de fonctionnement, de formation … - Quels seront les hôpitaux de proximité, et pour chacun d’eux définir leurs missions : o Accueil des urgences et orientation optimisée des patients sur l’hôpital de référence o Participation au fonctionnement des maisons médicales avoisinantes o Chirurgie ambulatoire de proximité o Consultations spécialisées o Quelles infrastructures pour quelles explorations ? - Normaliser les maisons médicales en les répartissant de la façon la plus harmonieuse possible sur le territoire o Lieu d’exercice pour le médecin de ville mais aussi pour les médecins des structures hospitalières ou privées qui devront y réaliser des consultations délocalisées publiques o Favoriser des installations qui répondent aux attentes de la population : sages-femmes, pédiatres… En multipliant les lieux de rencontre entre toutes les catégories de soignants permettre de faire tomber le mur qui existe entre les structures hospitalières et la médecine de ville. Dans la même idée, pour sanctuariser le rôle du médecin « généraliste » ou de famille, ce dernier doit, y compris lors de l’hospitalisation d’un patient rester l’interlocuteur privilégié entre le patient, sa famille et l’équipe hospitalière Ces contraintes de mobilité pour être acceptées doivent être considérées comme de vraies missions de service public et doivent être suffisamment rémunérées pour être attractives
Connaissez-vous le "droit à l'erreur", c'est-à-dire le droit d'affirmer votre bonne foi lorsque vous faites un erreur dans vos déclarations ?
Oui
Si oui, avez-vous déjà utilisé ce droit à l'erreur ?
Non
Comment l'Etat et les collectivités territoriales peuvent-ils s'améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté ?
L’hôpital public NON universitaire n’est plus attractif pour les jeunes médecins Pourquoi ? La carrière de Praticien Hospitalier sur 20 ans et son statut ne correspondent absolument plus aux attentes de nos jeunes confrères. L’obligation de participer à la Permanence de soins, et le repos de sécurité du lendemain, au-delà d’une pénibilité très mal rémunérée, ont détruit la dynamique d’un fonctionnement en équipe autrefois plus attractive en public qu’en libéral. Les projets de carrière se font maintenant sur une période de 5 ans, et plus sur une vie entière dévolue au même hôpital, au même poste. Le retard pris par les hôpitaux publics à se réorganiser ont fait fuir les compétences et l’activité vers des structures privées pas toujours soumises aux mêmes contraintes. Ces structures privées ne participent que très rarement à l’offre publique de soins et ne choisissent que les spécialités « lucratives » en laissant aux hôpitaux publics la charge des moins valorisées creusant les déficits publics. Dans le cadre « Santé 2022 » Soit on a le moyen de faire disparaitre la dualité public/privé tout en assurant une vraie offre de soins publics à l’ensemble de la population, Soit on repense les exigences que l’on doit imposer à toute activité de soins : - Quotas obligatoires d’activité publique pour tout le monde - Obligation avant toute installation dans le secteur privé d’avoir assumé 5 ans dans une structure publique (comme cela se fait déjà dans d’autres pays) - Obligation pour tous de participer au maillage de l’offre de soins de la structure de proximité (maison médicale, hôpital de proximité) à la structure de référence y compris au sein des CHU - Obligation pour tous de participer à la Permanence des Soins dont le nombre par spécialités devra être défini au sein d’un territoire, avec une rémunération revalorisée qui représente réellement une activité nocturne de sécurité. Ces obligations peuvent paraitre d’un autre temps, alors qu’au contraire elles sont la condition à une réponse adaptée aux attentes de la population en matière de proximité et de compétence. Si le médecin a été formé à établir un lien de confiance entre lui et son patient, aujourd’hui il ne peut plus l’assumer seul et doit pouvoir s’appuyer sur une vraie circulation du savoir et des compétences. La loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé fait rentrer l’Etat dans son rôle de partenaire à trois avec les soignants et la population. Il est le financeur, au moins par le biais de la sécurité sociale de toute l’activité médicale qu’elle soit publique ou privée. Il est donc en droit d’avoir des exigences sur le fonctionnement de l’offre de soins. Il a le devoir de maintenir une offre de soin accessible à tous du CHU à la maison médicale. Aussi tous les médecins en hôpital public ou exerçant en libéral doivent avoir l’obligation de participer à l’offre public de soins. Cette mobilité des soignants est une contrainte mais elle peut aussi être une chance de partage. Elle doit cependant être rémunérée en conséquence et s’imposer à tous qu’ils soient universitaires ou du secteur libéral. L’intérêt général de la population sera ainsi privilégié et l’offre de soins équitable pour tous.
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