Quel est aujourd'hui pour vous le problème concret le plus important dans le domaine de l'environnement ? [Autres]
Je ne vois pas comment classer par importance les 3 grandes catégories de problèmes environnementaux : [1] la pollution (air, eau, sol) par différents polluants (plastiques, métaux lourds, acidification, chimie organique et minérale, ...) [2] l'effet de serre et le changement climatique et [3] la bio-diversité. Mais, en fin de compte, presque tout résulte des diverses formes de pollution. Il faut y ajouter les dégats de la surexploitation (sols, animaux et végétaux) et de la destruction des milieux naturels. Si l'on considère le critère d'urgence, il semble que le réchauffement climatique soit le plus urgent, surtout parce qu'il risque de créer rapidement des situations irréversibles et dramatiques, et qu'il est un facteur majeur de disparition de la biodiversité.
Que faudrait-il faire selon vous pour apporter des réponses à ce problème ?
Il faut organiser notre vie, à commencer par notre économie, en intégrant systématiquement les externalités environnementales dans nos calculs de coûts. Elles doivent nécessairement êtres très élevées dans les prochaines décennies pour ratrapper 2 siècles d'incurie. Cela relève de la responsabilité individuelle, industrielle et politique, et doit être encouragé ou au besoin imposé par la loi et l'initiative politique. L'information, l'évolution culturelle et la pression sociale (éducation) ont aussi leur rôle à jouer. Faute d'avoir su à temps intégrer l'écologie à l'économie, il faut aujourd'hui subordonner l'économie à l'urgence écologique. Seule la puissance publique reste à même d'obtenir des résultats globaux suffisants dans les délais que la dégradation rapide de la situation nous impose. Seule la puissance publique est à même d'imposer la prise en compte du besoin écologique aux égoïsmes économiques. Seule la puissance publique est à même de prendre les mesures indispensables pour rendre cette nécessaire subordination supportable aux membres les plus vulnérables de notre société. Ce qui a été négligé pour la taxe sur les carburants.
Diriez-vous que votre vie quotidienne est aujourd'hui touchée par le changement climatique ?
Oui
Si oui, de quelle manière votre vie quotidienne est-elle touchée par le changement climatique ?
Je suis privilégié, mais je me demande sans cesse si mes enfants risquent de faire partie de ces immigrants que nous prétendons rejeter, alors qu'ils sont eux-mêmes souvent des victimes climatiques, dont nous ne sommes pas toujours innocents. La disparition des insectes, très perceptible, nous rappelle tous les jours toutes les autres disparitions. Par ailleurs, le souci climatique et écologique se mêle de plus en plus aux gestes de la vie quotidienne.
À titre personnel, pensez-vous pouvoir contribuer à protéger l'environnement ?
Oui
Si oui, que faites-vous aujourd'hui pour protéger l'environnement et/ou que pourriez-vous faire ?
La contribution d'un individu est toujours mineure. De plus elle n'est pas toujours facile quand l'organisation sociale la contrarie. Ma famille chauffe moins et plus attentivement, en utilisant les pulls et polaires plutôt que l'électricité. Je conduis moins vite, notamment sur autoroute. Mais je voudrais visiter Saint-Petersbourg, et c'est pratiquement impossible autrement qu'en avion, dans l'état actuel de l'offre. J'ignore les chiffres, mais augmenter le prix du kérosène pourrait sûrement aider à réduire l'usage de l'avion, très polluant, - - - - - Il faudrait mieux isoler notre maison qui a 40 ans. Il faudrait aussi avoir un plus petit réservoir d'eau-chaude (nos enfants sont partis). Mais pour le réservoir, est-il raisonnable de jeter un appareil en bon état, parce qu'il est trop petit ou trop grand? Y a-t-il un marché de l'occasion, vu le prix de la main d'oeuvre? Est-ce vraiment la bonne façon de produire de l'eau chaude? Ou est-ce un faux problème? - - - - - À l'évidence, pour une part très importante, les sources de destruction écologique et de réchauffement climatique se trouvent dans l'organisation économique et les structures de production, de transport et de distribution. Il n'y a que la puissance publique qui puisse leur imposer les changements nécessaires par la loi, par les incitations et les sanctions, surtout dans l'état d'urgence où nous sommes. Nous n'avons pas 50 ans disponibles comme pour l'amiante. C'est pourquoi il importe que la puissance publique ne subordonne jamais sa souveraineté aux contraintes économiques, quand l'urgence environnementale est en cause (normes, tribunaux d'arbitrages, accords internationaux abusifs, propriété intellectuelle, ...). La préservation environnementale doit pouvoir primer sur les intérêts économiques et plus généralement sur les intérêts particuliers. - - - - - La loi sur la taxation du carburant était criminelle. Insupportable économiquement - faute d'aides - pour bien des gens démunis et privés de transports alternatifs, elle a déconsidéré l'urgence écologique aux yeux de beaucoup, créant un mouvement de réaction qui se traduira demain par un retard de la transition écologique (cf la pusillanimité actuelle du président) et la perte de vies humaines. Ce n'était pourtant pas faute d'avis officiels et officieux prévoyant le fiasco observé.
Qu'est-ce qui pourrait vous inciter à changer vos comportements comme par exemple mieux entretenir et régler votre chauffage, modifier votre manière de conduire ou renoncer à prendre votre véhicule pour de très petites distances ?
Vos suggestions, je les applique déjà. C'est essentiellement de simples bonnes habitudes à prendre. Mais je pourrais sans doute faire mieux.
Quelles seraient pour vous les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier pour vous inciter à changer vos comportements ?
Il faut constamment informer et sensibiliser les gens par les média. Il faut un dialogue permanent entre les composantes de la société pour comprendre quels sont les blocages et quelles améliorations de l'environnement social peuvent susciter de meilleurs comportements. Sans doute, un tableau de bord public résumant la situation écologique et les efforts à fournir par tous, et dispensant des conseils utiles pourrait-il contribuer à la prise de conscience et à l'amélioration des comportements (voir ma réponse à la dernière question). Mettre en évidence les résultats déjà obtenus (s'il y en a) est aussi un encouragement à faire plus et mieux.
Par rapport à votre mode de chauffage actuel, pensez-vous qu'il existe des solutions alternatives plus écologiques ?
Oui
Si oui, que faudrait-il faire pour vous convaincre ou vous aider à changer de mode de chauffage ?
Cette question vaut aussi bien pour toutes les améliorations énergétiques de l'habitat, ou d'autres ressources comme l'eau, ou l'eau chaude. Les aides économiques sont toujours une incitation. Mais pour moi, ce qui joue le plus est la question de confiance. Beaucoup de transformations nous sont proposées pour nos logements (isolation, chauffage, production d'énergie). C'est même devenu insupportable au téléphone (bloctel nonobstant). On a l'impression que l'encouragement aux particuliers est surtout destiné à soutenir l'économie d'une famille de PME pour reverdir les voyants économiques bien plus que la planète. Cela rappelle les plans immobiliers foireux destinés trop souvent à pomper les économies des naifs pour soutenir le BTP plutôt qu'à construire des logements utiles. C'est répéter à l'envie une politique de l'offre qui est l'une des causes de la catastrophe. Il faut construire des logements là où c'est utile, et non là où l'on souhaite seulement créer de l'activité. On sent bien que l'offre d'amélioration de l'habitat obéit aux mêmes principes et cela n'incite guère à la confiance, surtout au vu de nombreux témoignage calamiteux. Mon expérience personnelle renforce ce sentiment, avec l'impression que les indices énergétiques mis en avant dans les transactions immobilères semblent relever plus de l'incantation que de la mesure scientifique. Et les travaux entrepris pour améliorer ces indices (double-vitrages) semblent avoir un effet totalement aléatoire. Une fois encore, c'est à la puissance publique de mener une politique susceptible d'inspirer la confiance, d'utiliser des normes claires et vérifiables, et d'orienter les particuliers vers l'investissement écologique sans qu'ils aient à le regretter, ce qui aurait 3 effets négatifs : non amélioration de l'habitat, refus de nouveau engagements écologiques, et baisse de confiance dans la politique publique, sans parler des pertes de patrimoine. Je ne suis nullement spécialiste de ces questions, mais il me semble qu'une incitation de qualité serait d'assiter les particulier en fournissant une expertise précise et fiable des coûts, de l'utilité des travaux et des résultats à en attendre, avec pour les entreprises une obligation de résultat garantie sur 10 ans par la puissance publique dont les décisions peuvent aussi être la cause de résultats négatifs. Peut-être les dispositifs existent-ils déjà, mais les relations avec de prétendus professionnels n'inspirent aucune confiance. Est-ce une question de contrôle?
Avez-vous pour vos déplacements quotidiens la possibilité de recourir à des solutions de mobilité alternatives à la voiture individuelle comme les transports en commun, le covoiturage, l'auto-partage, le transport à la demande, le vélo, etc. ?
Non
Si oui, que faudrait-il faire pour vous convaincre ou vous aider à utiliser ces solutions alternatives ?
Il y a un manque criant de pistes cyclables. En France, le vélo contribue à l'écologie en réduisant la population. On comprend qu'il y ait peu de volontaires. - - - - - Pour emmener mes trois petits enfants à l'école, au sport, ou à l'école de musique, les distances et les délais sont tels que je ne vois d'autre moyen que la voiture. J'espère que l'on aura rapidements des véhicules sans conducteur disponibles à la demande, ce qui me permettrait de ne plus posséder de véhicule, et de faire en train mes trajets longue distance. De plus, cela résoudrait bien des problèmes de qualité car l'obsolescence programmée n'aurait plus d'intérêt économique.
Si non, quelles sont les solutions de mobilité alternatives que vous souhaiteriez pouvoir utiliser ?
Les transports en commun, Le vélo, Le transport à la demande
Si non, quelles sont les solutions de mobilité alternatives que vous souhaiteriez pouvoir utiliser ? [Autres]
autolib ou vehicule sans conducteur, à la demande.
Et qui doit selon vous se charger de vous proposer ce type de solutions alternatives ?
Cela peut être géré par des structures publiques ou privées. Cela peut aussi être subventionné pour en encourager l'usage. Mais les solutions ne sont pas toujours dans le choix des modes de transport : ce sont aussi des problèmes d'urbanisme, d'organisation de l'habitat et des lieux de travail, voire d'aménagement du territoire, éventuellement combinés à des moyens de transport multiples. Il y a des professionnels dont c'est le rôle de penser ces problèmes. Mais la puissance publique doit contrôler l'effectivité écologique des solutions mises en oeuvre.
Que pourrait faire la France pour faire partager ses choix en matière d'environnement au niveau européen et international ?
Avant toutes choses, il faut commencer par être exemplaire, et convaincre par l'exemple. Il faut montrer que c'est faisable et même profitable. Par ailleurs nous sommes loin d'être les premiers. C'est aussi à nous de regarder ce que font les autres.
Y a-t-il d'autres points sur la transition écologique sur lesquels vous souhaiteriez vous exprimer ?
Il y a bien longtemps, j'ai soutenu les mouvements opposés aux centrales nucléaires. Je ne le regrette pas. C'est peut-être grâce à ces mouvements que la France n'a pas eu d'accident. Aujourd'hui, je m'abstiens. Le nucléaire est dangereux, mais reste un danger régional (du moins pour les accidents) face au danger global et immédiat du réchauffement climatique. Le nucléaire n'est à proscrire à court terme que dans la mesure où il immobiliserait des capitaux qui seraient plus productifs en étant utilisés pour d'autre formes de production ou d'économie d'énergie, et en tenant compte des coûts liés aux risques d'accident. L'ennemi immédiat, c'est l'effet de serre. Encore faudrait-il une certaine transparence économique de l'industrie nucléaire. - - - - - L'écologie ne saurait servir de variable d'ajustement pour le budget de l'état. Toutes les ressources prélevées au titre de la transition écologique, même à titre de taxe dissuasive, doivent être affectées à la transition écologique où à son nécessaire accompagnement social. Nous sommes de fait en situation de guerre, sans doute la plus vitale que nous ayons connue. Que penserait une population en guerre si l'on prélevait sur les ressources de l'effort de guerre pour arranger les petites affaires de l'arrière au détriment du front. On pourrait dire que c'est l'économie qui doit devenir la variable d'ajustement de l'urgence écologique. On peut cependant aussi penser que l'ajustement au besoin écologique pourra être favorable à l'économie dans la mesure où il crée des besoins nouveaux, qu'on peut espérer plus utiles et raisonnables, auxquels il faut répondre. - - - - - Il serait souhaitable que l'état, voire l'Europe, crée un site sur le réseau qui soit un tableau de bord écologique consultable par tous. Il pourrait expliciter simplement nos engagements existants, notre feuille de route estimée pour l'assainissement complet de notre équilibre écologique, incluant en particulier nos ressources énergétiques sans effet de serre. Il faut que son l'action du pays s'y inscrive et permette de suivre notre progression vers nos objectifs a court, moyen et long terme. Dans une guerre (et c'en est une) il faut un état-major et des cartes d'état-major. Il est absurde d'avoir une bataille juridique pour chaque éolienne à construire. Un tel tableau de bord pourrait donner une estimation globale du nombre d'éoliennes à implanter de toutes façons dans les quarante prochaines années, on pourrait planifier globalement et dans la transparence l'essentiel des sites de production à réaliser. - - - - - L'enjeu est vital, particulièrement pour les jeunes, et sera de plus en plus perçu comme tel. Tout atermoiment sera considéré comme portant atteinte à leur futur, à leur existence, ce qui ne pourra que se traduire que par des désordres sociaux croissants. Faut-il envisager un état d'urgence écologique?
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