En qui faites-vous le plus confiance pour vous faire représenter dans la société et pourquoi ?
Les élus locaux ( mairie): l'élection municipale est aujourd'hui la seule véritablement légitime puisqu'elle est celle qui réunit le plus grand nombre d'électeurs et la plupart des municipalités ( surtout les petites et moyennes) sont plus connectées avec les citoyens.
En dehors des élus politiques, faut-il donner un rôle plus important aux associations et aux organisations syndicales et professionnelles ?
Oui
Si oui, à quel type d'associations ou d'organisations ? Et avec quel rôle ?
Les associations type loi 1901 sont souvent les moteurs sur des lacunes de l'Etat donc l'Etat devrait prendre exemple sur des actions locales qui fonctionnent, qui sont bénéfiques et ceci sur tous les domaines. Surtout, ces associations sont à but non lucratifs mais génère de l'activité et n'obéissent pas à une logique de rentabilité absurde comme les gouvernements de ces 15 dernières années.
Que faudrait-il faire pour renouer le lien entre les citoyens et les élus qui les représentent ?
Avant tout que l'on remette la viabilité des réformes avant la rentabilité. La carrière politique ne peut pas se penser en terme de rentabilité ou de carrièrisme. Les réformes qui pourraient fonctionner sont les réformes qui se font en consultant les premiers concernés mais en faisant une vraie consultation. Je prend pour exemple le décret Bienvenue en France, qui augment les frais d'inscriptions pour les étudiants étrangers extra UE qui est une mesure absurde du point de vue des principes de l'université ouverte et publique, mais aussi d'un point de vue économique et de de développement puisqu'elle pourrait amener la fermeture de certains masters et de certains départements et donc tuer une partie de la recherche universitaire. Il aurait suffit de demander à l'ensemble des présidences d'universités et de faire une étude du nombre d'étudiants étrangers concernés pour se rendre compte de cela.
Le non-cumul des mandats instauré en 2017 pour les parlementaires (députés et sénateurs) est :
Une bonne chose
Pourquoi ?
Simplement parce qu'il faut faire un choix et assumer une fonction. Le Parlement doit être cependant réformé puisque déjà en l'état, l'absentéisme est inhérent à la fonction.
Que faudrait-il faire pour mieux représenter les différentes sensibilités politiques ?
Oublier le système des partis: les politiques devraient se concentrer sur les programmes . Les partis politiques tel quel ne permettent pas d'envisager toutes les sensibilités puisqu'il unifie sous des grandes bannières des positionnements politiques parfois complètement opposés dans leur spectre. Je ne pense pas pour autant être en mesure de vraiment donner une solution cependant le système de l'association loi 1901 est l'organisation collective que je connais qui permet le mieux l'expression des sensibilités et opinions différentes.
Pensez-vous qu'il serait souhaitable de réduire le nombre d'élus (hors députés et sénateurs) ?
Non
Que pensez-vous de la participation des citoyens aux élections et comment les inciter à y participer davantage ?
En prenant en compte l'abstention: que ce soit dans le discours journalistique ou le discours politique on agit comme si l'abstention n'existait pas : le fameux mythe du Front National 1er parti de France aux européennes alors que l'abstention était record. En vérité même si de premier abord il semble que cela fragilise les élus, assumer d'avoir été élue avec un fort taux d'abstention et de vote blanc et agir en conséquence - en se sachant porter uniquement par une parti des électeurs et n'ayant donc pas impunité, ou une légitimité absolue - il me semble que cela permet au moins de reconnaître ce geste d'une grande parti de la population qui se retire de la vie politique. Je le dis en étant quelqu'un qui crois fièrement au devoir de voter. Le vote blanc et l'abstention sont des actes politiques en tant que tel et il n'est plus possible aujourd'hui de se permettre de laisser de côté dans nos discours un pan entier de notre communauté.
Faut-il prendre en compte le vote blanc ?
Oui
Si oui, de quelle manière ?
Le vote blanc doit être pris en compte exactement comme un vote pour un candidat ou un liste de candidats.
Que faudrait-il faire aujourd'hui pour mieux associer les citoyens aux grandes orientations et à la décision publique ? Comment mettre en place une démocratie plus participative ?
La transparence totale et arrêter de traiter les sujets politiques comme s'ils étaient obscurs dans les discours. Faire confiance dans l'intelligence des individus. Pour la participation, elle vient toujours avec la confiance donc réinstaurer un climat de confiance est la première étape. Ensuite beaucoup d'initiatives et de propositions politiques locales sont étouffées , que ce soit par le droit, par les élus, par les entreprises privés, etc : laisser une place aux systèmes politiques alternatifs n'est pas une bêtise, car c'est souvent au contact de ces systèmes que le citoyen reprend contact avec la politique. La souplesse en démocratie est nécessaire, il faut accepter qu'aucun système n'est parfait et que toute initiative politique - quelle que soit sa couleur politique, sa manière de s'instaurer - est légitime même si elle n'est pas reconnaissable par les institutions.
Faut-il faciliter le déclenchement du référendum d'initiative partagée (le RIP est organisé à l'initiative de membres du Parlement soutenu par une partie du corps électoral) qui est applicable depuis 2015 ?
Je ne sais pas
Que faudrait-il faire pour consulter plus directement les citoyens sur l'utilisation de l'argent public, par l'Etat et les collectivités ?
La transparence totale des dépenses publics et de façon beaucoup plus horizontale pour que le citoyen comprenne ce qu'il payent lorsqu'il payent ses impôts. La transparence totale inclut les budgets de défense et de sécurité bien évidemment. Il est nécessaire que les corps des sécurité étatique ( armée, police) soient des citoyens comme les autres. Que les fonctionnaires à tous les niveau soient consultés sur la manière dont l'argent est réparti et que tout citoyen qui le veuille puisse à n'importe quel niveau, de la commune à l'Etat, puissent avoir accès à l'information et qu'il puisse faire des réclamations aux services habilités qui seront consultés et prise en compte: c'est-à-dire que les organismes puissent justifier la dépens ou la repenser.
Que proposez-vous pour renforcer les principes de la laïcité dans le rapport entre l'Etat et les religions de notre pays ?
Se rappeler que la laïcité c'est la séparation entre religion et Etat. Pas la disparition de la religion dans l'Etat. Donc il faudrait surveiller les ingérences de l'Etat dans divers organisations religieuses et vice-versa. Par ailleurs, la laïcité ne concerne jamais le citoyen lambda qui fait usage du service public donc il faudrait cesser de croire que la religion et l'espace public sont incompatibles. En cela nous devenons de moins en moins laïques dans nos mécanismes de réponse face à des fausses situations où la laïcité serait remise en cause. Ce qui doit primer dans tous les cas c'est les droits de l'Homme et parmi ceux ci le droit de la liberté de conscience.
Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?
En respectant à la lettre ces principes d'une part: ce qui est loin d'être le cas dans tous les territoires de la République. Aussi en repensant notre historiographie: notamment la récente. Il n'est pas possible pour un peuple de se sentir concerner par des valeurs républicaines si la République ne prend pas en compte l'ensemble de ses responsabilités et notamment les citoyens qu'elle a heurté, ou maltraité. Je pense aux ultramarins entre autre. ll y a une véritable hypocrisie étatique qui laisse de coté l'outre-mer - qui n'a pas eu le droit a une décentralisation en même temps que tout le monde par exemple - mais qui se sert sans complexe des bienfaits de la présence de ces territoires au sein de la République. Repenser notre historiographie en incluant l'ensemble de nos populations - ultramarins, immigrés, handicapés, femmes etc -, en acceptant que la République bien que grande n'est pas parfaite est le seul moyen pour que tous les citoyens se sentent concernés et donc la respecte. Notre roman national doit changer.
Que faudrait-il faire aujourd'hui pour renforcer l'engagement citoyen dans la société ?
L'engagement citoyen est déjà fort simplement il ne prend pas les formes qu'on croit. La vie associative française est très riche et je crois que continuer à la favoriser - éviter aux les initiatives des citoyens l'impression de devoir faire malgré l'Etat - est un moyen stable et viable de laisser les citoyens être engager.
Quels sont les comportements civiques qu'il faut promouvoir dans notre vie quotidienne ou collective ?
Le respect absolu quelque soit son identité de l'autre, l'empathie et la décence.
Que faudrait-il faire pour favoriser le développement de ces comportements civiques et par quels engagements concrets chacun peut-il y participer ?
Se rappeler avant tout que chacun n'est pas une fonction, ou la représentation d'un groupe mais un être humain. Ce qui veut dire constamment se souvenir que nos actions ont des conséquences sur la vie des autres.
Que faudrait-il faire pour valoriser l'engagement citoyen dans les parcours de vie, dans les relations avec l'administration et les pouvoirs publics ?
Même réponse que plus haut beaucoup de citoyen font beaucoup de façon très différentes.
Quelles sont les incivilités les plus pénibles dans la vie quotidienne et que faudrait-il faire pour lutter contre ces incivilités ?
Les différentes formes de harcèlement, les restrictions d'usages de l'espace public.
Quelles sont les discriminations les plus répandues dont vous êtes témoin ou victime ?
Les discriminations raciales, sexistes, et envers les handicapés.
Que faudrait-il faire pour lutter contre ces discriminations et construire une société plus solidaire et plus tolérante ?
Mettre au norme les espaces publics pour les personnes handicapés physiques, mettre des moyens dans les écoles pour que les enfants handicapés puisse avoir accès à un suivi effectif qui ne soit pas uniquement à la charge des familles. Idem pour les ESAT et les structures pour les handicapés mentaux. Pour le sexisme et le racisme, il faut que l'Etat en lui-même (dans toutes les institutions) soient à l'écoute des personnes qui se plaignent, trop souvent les institutions sont d'abord défiantes (on pense au traitement des plaintes pour viol dans la police). Ensuite il y a un travail culturel sur notre imaginaire collectif pour que les stéréotypes ne soient plus la normes. La question de la représentation est au coeur de cela. Donc il faut aussi favoriser la culture pour que des artistes - concernés par ces problématiques ou non - puisse aussi s'en emparer.
Pensez-vous qu'il faille instaurer des contreparties aux différentes allocations de solidarité ?
Non
Que pensez-vous de la situation de l'immigration en France aujourd'hui et de la politique migratoire ? Quelles sont, selon vous, les critères à mettre en place pour définir la politique migratoire ?
Pour moi le tsunami migratoire français n'existe pas. Loin de là, je ne crois pas que la France soit dans une crise aussi massive que l'Allemagne. Il faut donc dédiaboliser l'immigration. Il faut arrêter de parler de crise ou de situation: la France connaît des vagues migratoires depuis avant qu'elle soit la France. Le seul critère est l'accueil: simplement parce que contrairement à ce qu'on veut croire, un migrant légalisé rapporte plus d'argent qu'il n'en coûte - qu'il soit venu légalement ou pas. Il ne faut pas oublier qu'en ne simplifiant pas la politique migratoire on laisse des personnes se faire exploitées (travail au noir) ce qui implique une perte d'argent pour l'Etat. Les migrants participent à l'impôt ne serait-ce que par leur consommation (TVA) donc ils ne sont pas l'ennemi ou les boucs émissaires ou les personnes à chasser. Et leur nombre est trop peu important pour qu'on puisse parler d'un grand remplacement. Laissons les gens vivre.
En matière d'immigration, une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?
Non, jamais, et je perdrais tout respect pour la République si cela se faisait. Les quotas ne sont jamais une solution.
Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?
Le simplification des démarches et leur souplesse: surtout aujourd'hui le parcours de vie prime sur tout autre intérêt ou peur. Les migrants que je connais et qui résident en France pour diverses raisons n'ont aucune visibilité sur leur avenir dans le pays. Ils font malgré l'Etat français. Paradoxalement elles sont souvent très engager dans la société civile selon diverses manières, et participe au développement de leurs universités, villes, région, département mais avec une épée de Damoclès au dessus de leur tête. Toutes quels que soient leur origines parlent du cauchemar administratif qui va avec leur condition. Pour moi, la migration n'est et ne sera jamais une crise, un problème ou un défi: dans les faits les personnes sont intégrées puisqu'elle vive et existe en France. Maintenant il suffit de se rendre compte que le respect des Droits de l'homme nous impose un comportement d'accueil et d'accueil décent. Notamment en prenant en compte que ce sont des citoyens à part entière, français ou non.
Quelles sont, selon vous, les modalités d'intégration les plus efficaces et les plus justes à mettre en place aujourd'hui dans la société ?
A part peut-être l'aide pour multiplier les cours de Français langue étrangère et la faciliter d'accès aucun. L'intégration ou les modalités d'intégration cela veut tout et rien dire. Si on pense à l'intégration culturelle et que l'on sous-entend un assimilation, je ne crois qu'en l'assimilation organique non organisé par l'Etat mais vécue au contact des Français.
Y a-t-il d'autres points sur la démocratie et la citoyenneté sur lesquels vous souhaiteriez vous exprimer ?
Je tiens à insister sur le fait qu'il est très important de travailler l'éducation et la culture qui sont les deux fondements de notre roman national, il est vraiment à réécrire et à repenser si on veut devenir un démocratie digne de ce nom. N'oublions pas que la Ve république n'a que 60 ans et n'est pas un système parfait. N'oublions pas que la France Républicaine n' a eu que très peu de stabilité depuis sa création et que ce système n'est pas parfait non plus. N'oublions pas que tout est sujet à interprétation et que ce qui compte avant tout c'est l'humain.
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