Intégralité de la contribution intitulée "Instaurer un plafond à la richesse des individus et des compagnies"
Voici l'ensemble des réponses fournies par un contributeur du site officiel aux questions du thème Démocratie et citoyenneté le 27 janvier 2019 à Fontenay-aux-Roses .

En qui faites-vous le plus confiance pour vous faire représenter dans la société et pourquoi ?
Les organisations professionnelles, certains partis politiques ou associations, penseurs, journalistes, et parfois certains élus. C’est à dire que je fais confiance aux personnes plus impliquées que moi dans la vie de la « cité », qui s’expriment et que l’on voit agir, et dont je crois partager plusieurs points de vue.

En dehors des élus politiques, faut-il donner un rôle plus important aux associations et aux organisations syndicales et professionnelles ?
Oui

Si oui, à quel type d'associations ou d'organisations ? Et avec quel rôle ?
Oui, mais ce n’est pas 100% clair car il y a associations et associations. On n’a pas envie de voir le rôle de certaines s’accroitre. Par contre, donner plus de poids aux organisations professionnelles serait probablement souhaitable, en veillant à une juste représentation de tous les métiers et domaines, et à un fonctionnement ouvert, il ne faudrait pas que chaque organisation veille exclusivement à défendre son pré carré. Ces organisations devraient être force de propositions, une nécessité dans un monde en évolution permanente.

Que faudrait-il faire pour renouer le lien entre les citoyens et les élus qui les représentent ?
Il faudrait réussir à pouvoir élire un nombre suffisant d’individus qui, une fois élus, vont se dévouer à leur tâche à la hauteur des responsabilités qui leur sont confiées, et ne vont pas juste se complaire à profiter de leur position pour flatter leur égo, mépriser les autres, ou s’enrichir de façon éhontée. Les casse-toi pauv’e con, les sans-dents, et même ceux qui ne sont rien, ... franchement pourquoi auraient-ils envie de renouer le lien ??

Le non-cumul des mandats instauré en 2017 pour les parlementaires (députés et sénateurs) est :
Une bonne chose

Pourquoi ?
Il faut que les responsabilités tournent, et que personne ne reste assis sur certains sièges pendant des lustres. C’est ainsi qu’une société peut être fluide, évoluer, s’ouvrir à toutes et tous, et renouer des liens. Si les notables en place ne sont pas capables de comprendre ou de sentir cela tout seuls, il faut que la loi les obliger à laisser leur place à d’autres après un certain temps, et à ne pas cumuler plusieurs fonctions qu’ils n’ont même pas les moyens de bien remplir. C’est aussi une question d’éthique.

Que faudrait-il faire pour mieux représenter les différentes sensibilités politiques ?
Il faudrait mieux représenter les différentes sensibilités tout court, pas uniquement les différentes sensibilités politiques. Instaurer un non-cumul des mandats plus contraignant (en limitant par exemple le nombre de renouvellements possibles) serait utile. Augmenter aussi les consultations des partis politiques, et des citoyens. Le présent débat est à ce titre une initiative remarquable, à laquelle on ne peut que souhaiter tout le succès possible.

Pensez-vous qu'il serait souhaitable de réduire le nombre d'élus (hors députés et sénateurs) ?
Non

Que pensez-vous de la participation des citoyens aux élections et comment les inciter à y participer davantage ?
C’est important de participer aux élections mais on ne doit obliger personne. C’est en restaurant la confiance entre candidats (puis élus) et citoyens, et en présentant au vote des candidats honorables et diversifiés, que les citoyens auront plus envie d’aller voter.

Faut-il prendre en compte le vote blanc ?
Oui

Si oui, de quelle manière ?
Le vote blanc exprime le désarroi des citoyens soucieux du collectif mais qui ne trouvent aucun candidat convenable pour eux parmi les profils proposés. C’est une situation très grave qu’il ne faut pas mettre sous le tapis. Il faut donc comptabiliser les votes blancs, et peut-être instaurer des seuils à partir desquels il faut réorganiser des élections.

Que faudrait-il faire aujourd'hui pour mieux associer les citoyens aux grandes orientations et à la décision publique ? Comment mettre en place une démocratie plus participative ?
Le présent débat est le tout premier du genre. Il permettra enfin de tester les choses et de voir comment cela pourrait fonctionner.

Faut-il faciliter le déclenchement du référendum d'initiative partagée (le RIP est organisé à l'initiative de membres du Parlement soutenu par une partie du corps électoral) qui est applicable depuis 2015 ?
Oui

Si oui, comment ?
Oui c’est peut-être le plus simple dans la situation actuelle. Mais il faut aussi se méfier des référendums qui sont très réducteurs en imposant de ne pouvoir répondre que oui ou non à des questions souvent très complexes qui ne peuvent se résoudre ainsi. Attention donc à pouvoir toujours garantir à l’avance que les questions posées seront bien formulées, et ne jamais prendre le risque de ne déboucher que sur du chaos, par hasard, incompréhension, ou juste ras le bol général indépendant de la question posée.

Que faudrait-il faire pour consulter plus directement les citoyens sur l'utilisation de l'argent public, par l'Etat et les collectivités ?
En premier, il faudrait leur donner un accès facile à une sorte de rapport d’activité présentant ce qui a été fait de l’argent public. Répondre aussi autant que possible à leurs questions précises. Partant de là, les citoyens pourraient exprimer de façon plus construite leurs souhaits d’évolution quant aux utilisations. Par exemple par le biais d’un forum numérique.

Que proposez-vous pour renforcer les principes de la laïcité dans le rapport entre l'Etat et les religions de notre pays ?
Les principes de la laïcité me semblent déjà bien établis. Il faut s’y tenir et ne rien lâcher là dessus.

Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?
L’education est importante. Et aussi la prise de conscience que ne pas avoir de religion ne veut pas dire ne pas avoir d’éthique. L’éthique et les valeurs intangibles de la République sont de l’ordre de l’indiscutable dans la vie quotidienne. Même si l’éthique, sur le long terme, évolue peu à peu à force de débats, de réflexions, de découvertes et compréhensions, d.’avancées techniques ...

Que faudrait-il faire aujourd'hui pour renforcer l'engagement citoyen dans la société ?
Bon tout le monde n’a pas nécessairement envie ni vocation à s’engager dans la société. Une société éclairée doit savoir faire place aux rêveurs et aux ermites tout autant qu’aux tribuns et autres activistes ...

Quels sont les comportements civiques qu'il faut promouvoir dans notre vie quotidienne ou collective ?
Éviter trop de fossés entre diverses communautés, promouvoir de grands projets communs intéressant tout le monde ou presque (en dépassant si possible le fait de gagner la coupe du monde comme seul horizon enviable), ...

Que faudrait-il faire pour favoriser le développement de ces comportements civiques et par quels engagements concrets chacun peut-il y participer ?
Motiver et donner du sens

Que faudrait-il faire pour valoriser l'engagement citoyen dans les parcours de vie, dans les relations avec l'administration et les pouvoirs publics ?
Simplifier l’organisation, les fonctionnements, les strates qui se sont accumulées, restaurer la confiance

Quelles sont les incivilités les plus pénibles dans la vie quotidienne et que faudrait-il faire pour lutter contre ces incivilités ?
Hé bien par exemple quand les directions des collèges se focalisent plus (voire quasi exclusivement) sur la discipline, le règlement de l’établissement et les sanctions encourues que sur les programmes pédagogiques, c’est très pénible ! C’est une grande incivilité que d’accueillir des parents d’élèves bien intentionnés en leur assénant que les jeunes sont avant tout des suspects plutôt que des élèves qui sont là pour apprendre. Fermer les toilettes aux gamins de sixième pour éviter toute dégradation me paraît tout aussi incivil. Est-ce une façon de respecter nos enfants, et ainsi de leur apprendre le respect ?? C’est pourtant le lot de plusieurs collèges franciliens. Il faudrait donc lutter contre ces incivilités et apprendre aux responsables des collèges à savoir assurer une discipline raisonnable tout en respectant leurs élèves et en se souciant plus d’éducation que de brimades ridicules.

Que peuvent et doivent faire les pouvoirs publics pour répondre aux incivilités ?
Recenser les dites incivilités, bien assimiler que ce sont vraiment des incivilités, permettre à chacun de les dénoncer, intervenir pour les faire cesser.

Quel pourrait être le rôle de chacun pour faire reculer les incivilités dans la société ?
La première étape est de pouvoir en témoigner de façon utile, en sachant qu’on sera entendu

Quelles sont les discriminations les plus répandues dont vous êtes témoin ou victime ?
Même si je n’adhère pas à tout ce qu’elle dit ou fait, je pense comme Mme Taubira que les discriminations envers les femmes sont les plus profondes, les plus universelles, et les plus banalisées dans nos sociétés actuelles, et qu’elles sont à la racine de toutes les autres discriminations. Certains ne les voit même pas tellement cela leur paraît normal ! Nous portons derrière nous des millénaires d’exploitation et de « sous-humanité » des femmes - du moins « théorique » et gravée dans les lois et les habitudes, dont le non-accès à l’éducation - c’est un fardeau dont il faudrait nous débarrasser vraiment, pour le bien de tous. C’est peut-être en train de se passer, mais évidemment pas sans remous. Et ce n’est clairement pas encore acquis de façon pérenne.

Que faudrait-il faire pour lutter contre ces discriminations et construire une société plus solidaire et plus tolérante ?
Donner du sens aux activités humaines, travailler ensemble pour de grands projets communs, élaborer une éthique de base à laquelle une majorité croissante d’entre nous pourrait adhérer

Pensez-vous qu'il faille instaurer des contreparties aux différentes allocations de solidarité ?
Oui

Si oui, lesquelles ?
Au minimum, une certaine reconnaissance de la part des bénéficiaires envers l’aide apportée par la société (s’il y a vraiment aide, et qu’il ne s’agit pas d’une exploitation déguisée). Certaines activités d’intérêt commun seraient bien aussi, en contribuant de plus à une meilleure intégration.

Que pensez-vous de la situation de l'immigration en France aujourd'hui et de la politique migratoire ? Quelles sont, selon vous, les critères à mettre en place pour définir la politique migratoire ?
Il faut aider et accueillir les migrants autant que possible, dans la mesure de nos propres forces et capacités. On s’attend en retour à ce qu’ils adhèrent aux lois du pays qu’ils ont décidé de rejoindre et participent activement à leur propre intégration.

En matière d'immigration, une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?
Pourquoi pas.

Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?
Il faut s’assurer que les personnes accueillies souhaitent vraiment s’intégrer dans notre démocratie, en toute connaissance de cause.

Quelles sont, selon vous, les modalités d'intégration les plus efficaces et les plus justes à mettre en place aujourd'hui dans la société ?
Apprentissage de la langue, compréhension des valeurs intangibles de notre république, éducation, métier exercé, participation à l’élan national ...

Y a-t-il d'autres points sur la démocratie et la citoyenneté sur lesquels vous souhaiteriez vous exprimer ?
La vie résiste mal aux infinis. Comment une démocratie pourrait-elle survivre longtemps si certaines entités engrangent infiniment plus de richesses que la majorité des citoyens ? Tout ne doit pas pouvoir s’acheter si nous tenons à notre humanité. Il faut viser à instaurer un plafond à la richesse des individus et des compagnies.
Je citerai sur cette question Jonathan Swift (Pensées sur divers sujets moraux et divertissants, 1706) : « Dans toute société bien constituée, on prend grand soin de limiter la possession, et ceci pour plusieurs raisons : l’une, dont on tient rarement compte, est que lorsqu’on met des limites aux désirs des hommes, lorsqu’ils ont acquis tout ce que la loi leur permet d’acquérir, leur intérêt privé est comblé. Il ne leur reste plus qu’à prendre soin de l’intérêt public. »


Lire une autre au hasard
Retour aux Thèmes