Intégralité de la contribution intitulée "Education et formation citoyennes"
Voici l'ensemble des réponses fournies par un contributeur du site officiel aux questions du thème Démocratie et citoyenneté le 23 janvier 2019 à Rouffiac-d'Aude .

En qui faites-vous le plus confiance pour vous faire représenter dans la société et pourquoi ?
Partis politiques, syndicats et associations. Ces corps intermédiaires sont indispensables au fonctionnement démocratiques. Les ignorer ça conduit aux Gilets Jaunes...

En dehors des élus politiques, faut-il donner un rôle plus important aux associations et aux organisations syndicales et professionnelles ?
Oui

Si oui, à quel type d'associations ou d'organisations ? Et avec quel rôle ?
Notamment aux associations d'éducation populaire qui doivent être des relais d'information et de formation aux enjeux démocratiques et de société. Elles doivent être à même d'aider les populations à sa saisir des grands enjeux contemporains et de donner les outils d'une réflexion et de participation citoyenne aux personnes éloignées de ce secteur fondamental de la république. Par exemple, aider les gens à sa saisir des problématiques liées à la bioéthique, au climat en dotant les gens des informations factuelles en la matière et en les aidant à partir de là à développer réflexions et argumentaires.

Que faudrait-il faire pour renouer le lien entre les citoyens et les élus qui les représentent ?
Toujours de la formation citoyenne ! rappeler aux élus, notamment locaux, que s'ils ont toutes les clés du problème, il n'en va pas de même de tout le monde et qu'un effort d'explication est nécessaire? Ils doivent lâcher une partie de la décision et admettre une fois pour toutes qu'une élection n'est pas un chèque en blanc. Ils doivent développer des outils de consultation, d'information et de participation, notamment au travers du numérique. La newsletter qui n'est qu'une justification permanente et une célébration de l'élu (voir ma binette partout du Canard enchaîné) ou encore les emails en nombre ne rendent compte que de ce qui état fait et n'invitent pas à la participation.
Du côté du citoyen, il est essentiel de renoncer à cette injonction contradictoire qui consiste en une défiance généralisée et systématique de l'élu et une attente totale de services de la part de celui-ci (idem pour l'état dont on attend à la fois tout et qu'on abhorre.
Sans doute faut-il inventer des instances intermédiaires entre élus et citoyens (conseils de districts, d e quartiers, de jeunes, etc.

Le non-cumul des mandats instauré en 2017 pour les parlementaires (députés et sénateurs) est :
Je ne sais pas

Pourquoi ?
Le non cumul comme la limitation du nombre de mandats successifs me semblent avoir les mêmes avantages et les mêmes inconvénients. D'un côté on se prive peut-être d'expériences et de l'autre on risque l'installation dans le pouvoir et la concentration des pouvoirs.

Que faudrait-il faire pour mieux représenter les différentes sensibilités politiques ?
Il faudrait oser ouvrir un secteur de formation et d'éducation en la matière. Pourquoi à partir de la seconde n'y aurait-il pas des cours de politique ? où l'on expliquerait historiquement les origines de la pensée libérale, capitaliste, etc. Certes c'est plus ou moins fait en philo mais tout le monde n'est pas concerné et surtout ce n'est jamais en prise avec l'actualité.
Pourquoi les associations d'éducation populaire ne sensibiliseraient-elles pas leurs publics à la participation citoyenne en présentant les différents courants de pensée, en faisant intervenir les candidats aux élections, etc. La neutralité de l'enseignant ou du travailleur social serait garantie par la diversité des options politiques présentées et la variété des intervenants.
De la proportionnelle sans doute avec les risques et avantages qu'on sait.

Pensez-vous qu'il serait souhaitable de réduire le nombre d'élus (hors députés et sénateurs) ?
Non

Si oui, lesquels ?
Il me paraitrait plus judicieux de dételer les mandats législatifs et présidentiels. C'est bien ce recouvrement qui bloque pour 5 ans la représentation national dans une composition figée et donne au pouvoir quasi tout pouvoir.
Ou mettre en places des élections de mi-mandat ce qui redonnerait du souffle à l'expression démocratique et enlèverait a à la majorité ce confort douillet que nous lui connaissons aujourd'hui, sauf à risquer que la rue prenne le relais de l'expression populaire qui a été en quelques sortes confisquée, comme aujourd'hui au fond et qui nous vaut l'opportunité de ce débat.

Que pensez-vous de la participation des citoyens aux élections et comment les inciter à y participer davantage ?
La réduction de l'expression démocratique au vote est à mon sens dramatique. Le vote fonctionne davantage sur le plan émotionnel que rationnel et fait plus appel à l'épiderme qu'à la réflexion. Là encore, nous manquons de formation. On ne naît pas citoyen et on ne le devient pas naturellement. Il faut avoir compris les enjeux de la démocratie et de la république et surtout avoir compris que celles-ci ne fonctionnent qu'avec des citoyens qui savent s'informer, trier l'information et prendre dessus un minimum de recul ; il s'agit aussi d'être capable d'entrer en débat, de confronter ses arguments à ceux des autres et avoir conscience que but est plus celui de trouver, construire, inventer, des réponses collectives plutôt que d'avoir raison à tout prix.

Faut-il prendre en compte le vote blanc ?
Non

Que faudrait-il faire aujourd'hui pour mieux associer les citoyens aux grandes orientations et à la décision publique ? Comment mettre en place une démocratie plus participative ?
Mettre en place et surtout faire mieux connaitre les consultations en ligne. La consultation sur la bioéthique a été trustée par la Barjot et ses affidés et nous n'avons pas été capables de nous en saisir.
Par ailleurs, participer à un débat ou une réflexion ne peut se faire que le mode du café du commerce. Ces consultations ou débats en ligne devraient être accompagnés de publications, émissions de radio ou de télé, de sites internet dédiés, mettant à portée les connaissances et les enjeux liés à la thématique.
Pour prendre l'exemple de ce débat même, je viens de lire une analyse de la prise en compte du vote blanc qui concluait à son rejet en ses termes : cette prise en compte rendrait encore moins légitime l'élu puisque son pourcentage serait inférieur à celui des suffrages exprimés et voter consistant rarement en une adhésion totale et absolue à une personne ou un programme, nous sommes confrontés à quelque chose que nous devons accepter faute de mieux : faire le choix le moins nocif, le moins éloigné de ses propres valeurs. D'où d'ailleurs ma réponse sur le vote blanc.

Faut-il faciliter le déclenchement du référendum d'initiative partagée (le RIP est organisé à l'initiative de membres du Parlement soutenu par une partie du corps électoral) qui est applicable depuis 2015 ?
Non

Que faudrait-il faire pour consulter plus directement les citoyens sur l'utilisation de l'argent public, par l'Etat et les collectivités ?
Je ne me sens pas à même de participer à certains choix budgétaires qui sont trop complexes. Par contre, sur les grands choix on pourrait mieux consulter les citoyens à condition toujours qu'ils aient en main tous les tenants et aboutissants.
Ainsi le choix unilatéral et brutal de la suppression des emplois aidés aurait sûrement gagné si les décideurs s'étaient un peu penchés sur le terrain. Il est indispensable que l'information et l'expertise ne soit pas que descendante. Fonctionnaire d'état en département à la retraite, je eux attester de la connaissance des enjeux des politiques publiques, des problématiques locales et territoriales par ces agents. Ils ne sont jamais sollicités pour autre chose que des remontées statistiques destinées à légitimer a posteriori les décisions ministérielles. La consultation directe des citoyens me semble un peu utopique sur de tels sujets mais il y a nombre de relais dans les territoires qui sont bien trop oubliés.

Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil économique, social et environnemental, doivent-elles jouer pour représenter nos territoires et la société civile ?
Je ne sais pas et je n'y crois guère.

Faut-il transformer [nos assemblées, dont le Sénat et le CESE] ?
Oui

Si oui, comment ?
Je réponds oui parce qu'il n'y a pas le choix. Je pense que dans tous les cas il convient d'inventer des procédures, des outils qui les rapprochent des gens.

Que proposez-vous pour renforcer les principes de la laïcité dans le rapport entre l'Etat et les religions de notre pays ?
C'est très bien comme ça. Il n'y a rien à ajouter. Je travaille cette thématique en formation depuis des années et je pense que le plan de formation du CGET doit être développé et entretenu, en ce sens que des personnes nouvelles arrivent régulièrement dans la fonction publique.
Surtout continuer à soutenir l'Observatoire de la laïcité.
Et rappeler aux religions, aux religieux et aux églises, que nous n'avons besoin de la loi de 1905 que parce qu'ils se permettent une ingérence dans la vie collective et individuelle qui est inacceptable. "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu"... s'il existe.

Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?
Education et formation ! C'est le grand défaut du système en la matière. Où apprend-on la différence entre république et démocratie ? Où éclaire-t-on la devise républicaine ? qui explique l'antinomie entre égalité et liberté ? qui explique que le droit met en oeuvre les valeurs ? que la loi n'est pas une liste d'interdit mais la clef de voûte du vivre-ensemble ?
Quand fabriquer-t-on le vade-mecum du citoyen ?
Il y avait un petit livret qu'on distribuait lorsque les jeunes se font recenser ? qu'en est-il ? il était très bien fait.

Que faudrait-il faire aujourd'hui pour renforcer l'engagement citoyen dans la société ?
Développer la culture citoyenne que j'ai développée un peu partout dans ce questionnaire.

Quels sont les comportements civiques qu'il faut promouvoir dans notre vie quotidienne ou collective ?
En tout premier lieu la rigueur et l'exigence quant à l'information ! ne pas se laisser prendre au piège des fake news, ne pas relayer n'importe quoi. Ne pas confondre liberté d'expression et droit à l'injure ou à la fausse nouvelle.
Promouvoir la discorde politique au sein de la concorde fraternelle. C'est à dire être capable de ne pas rompre la relation à l'autre, lui garder respect et estime au prétexte du désaccord politique ou idéologique ( ça existe au sein des familles où le lien affectif permet cette discorde).

Que faudrait-il faire pour favoriser le développement de ces comportements civiques et par quels engagements concrets chacun peut-il y participer ?
Education et formation... ben oui, je rabâche.

Que faudrait-il faire pour valoriser l'engagement citoyen dans les parcours de vie, dans les relations avec l'administration et les pouvoirs publics ?
Il n'y a pas à valoriser ! Dans une démocratie et une république bien comprises un certain niveau d'engagement devrait aller de soi.

Quelles sont les discriminations les plus répandues dont vous êtes témoin ou victime ?
Essentiellement sur les réseaux sociaux : racisme, antisémitisme, homophobie.

Que faudrait-il faire pour lutter contre ces discriminations et construire une société plus solidaire et plus tolérante ?
Continuer à soutenir et abonder les budgets de la DILCRAH.

Pensez-vous qu'il faille instaurer des contreparties aux différentes allocations de solidarité ?
Non

Que pensez-vous de la situation de l'immigration en France aujourd'hui et de la politique migratoire ? Quelles sont, selon vous, les critères à mettre en place pour définir la politique migratoire ?
Le premier critère est la fraternité et l'humanité. J'ai honte de notre incapacité à accueillir des gens qui risquent leur vie sur des bateaux de fortune, traversent les Alpes à pied avec des enfants... Nous devons être moteur avec l'Allemagne qui a donné l'exemple d'une politique généreuse à l'échelle européenne.
Pour le reste, toutes les études que j'ai pu lire montrent que l'immigration n'est pas un vrai problème en soi.
Par contre, une politique de la ville qui deviendrait enfin efficace et qui au lieu de maintenir les choses en l'état faisait vraiment avancer les choses serait la bienvenue.
Ce 'est pas le tout de constater et de dire que ça ne marche pas ; qu'est-ce qu'on invente ?
On veut faire participer les gens à travers les conseils citoyens et les participants sont nommés par le préfet... L'intention était louable mais on ne va pas au fond des choses : si on donne la parole, on la donne vraiment et on est ensuite capable de la prendre en compte et c'est bien sûr valable pour ce grand débat national.

En matière d'immigration, une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?
Définis sur quelle base ? les besoins en cerveaux ou en éboueurs ? S'il s'agit de quantité je ne sais pas.

Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?
Humanité et fraternité d'abord.
Accepter que nous allons vers des sociétés métissées et que c'est une chance pour aborder l'avenir. Arrêter avec les racines chrétiennes voire greco-latines. Certes sans racines les arbres n'ont pas de branches ni de feuillages mais les oiseaux et les paillons se moquent des racines.

Quelles sont, selon vous, les modalités d'intégration les plus efficaces et les plus justes à mettre en place aujourd'hui dans la société ?
Je ne peux que répéter éducation et formation. S'inspirer des démarches et initiatives des Francas, de la Ligue de l'enseignement, des MJC, etc. L'intégration doit être comprise comme un double phénomène : l'élément qui s'intègre va se modifier pour parvenir à son but mais le système qui l'accueille doit également se transformer pour que l'intégration soit réussie. Sinon, c'est une assimilation pure et simple qui marche soit parce qu'elle a été suffisamment violent jusqu'au jour de le prise de conscience de la violence qui a été faite soit qui ne marche qu'en apparence (je prends les atours de l'assimilé mais ce n'est qu'un masque).
L'acceptation du changement culturel et social est impératif tant au niveau du collectif que des individus.

Y a-t-il d'autres points sur la démocratie et la citoyenneté sur lesquels vous souhaiteriez vous exprimer ?
Je pense qu'i nous faut diffuser l'idée qu'il n'y a de démocratie qu'autant qu'il y a de vrais citoyens qui ne résument pas à quelques bulletins déposés dans des urnes de loin en loin.
J'avais l'habitude de dire en formation que le citoyen c'est quelqu'un qui travaille : il lit, cherche à comprendre, met en parallèle, en perspective qui est capable de faire un bilan de ce qui avait été promis et de ce qui a été réellement fait.
Le problème c'est qu'entre deux élections le citoyen s'endort ce qui permet à certains de dire que les promesses n'engagent que ceux qui les croient ou que "les français sont des veaux".


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